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Les marques suisses

Tiré d’un livre édité en 2008 “Les marques suisses, des souvenirs, un patrimoine”, les histoires contées ci-dessous sont les success stories de grands entrepreneurs suisses qui ont su créer des produits industriels alimentaires portés par des marques déposées et reconnues partout en Suisse, dont certaines furent exportées à travers le monde par deux empires agro-alimentaires, Nestlé et Unilever.
Lindt Le chocolat fondant est inventé par un certain Rodolphe Lindt (1855-1909) en 1879 grâce à son procédé du conchage. L’invention va permettre à son auteur de faire un pas de géant en direction de la qualité du chocolat. Le succès est sans appel. Il va même permettre de contribuer grandement à la renommée mondiale du chocolat suisse industriel. Hélas pour lui, son invention va très vite être comprise et l’intempestive publication du procédé dans une revue spécialisée allemande va devoir précipiter les événements. Durant l’année 1899, malin, le bernois vend alors rapidement et pour un très bon prix son entreprise à la famille Sprungli qui œuvre elle aussi à la fabrication du chocolat industriel du côté de Kirlchberg, petite bourgade située sur la rive gauche du lac de Zurich. Depuis l’existence de la fabrique Lindt & Srungli plusieurs produits ont conquis le cœur et l’estomac des suisses. Le crémant en 1879, les langues de chat et les cigares en chocolat à la fin des années 1920, les bâtons au kirsch en 1931, la plaque de chocolat au lait garnie de noisettes entières en 1935, le Lindor en 1949 (un chocolat concurrent direct au Frigor de la firme Cailler), le Lindt Extra Fin en 1947 (petit carré de chocolat d’un millimètre d’épaisseur), le Cresta en 1957, les Chocoletti et les boules Lindor en 1978, et enfin les pralinés Connaisseurs en 1980. Depuis, pleins d’autres produits feront leur apparition tel que le fameux Lapin d’or orné d'une clochette à la période de Pâques (1952).
Cenovis On l’aime ou on le déteste, pas de demi-mesure. Saviez-vous que notre plus chère pâte brune à tartiner n’est même pas d’origine suisse, mon Dieu quel sacrilège. Plus sérieusement, on doit la création de ce produit étonnant aux allemands. En effet, durant la Grande Guerre, les brasseurs récupéraient dans les cuves à bière les meilleures levures pour les malaxer ensuite avec du sel et des extraits d’herbes dont on ne connaît toujours pas la composition à ce jour. En 1931, une des recettes de cette pâte riche en vitamine B arrive par hasards sur le bureau d’Alex Villinger, un brasseur bâlois situé à Rheinfelden (BL). Le Cenovis est né et en cette période difficile pour les suisses, due notamment à la crise économique puis aggravée par la guerre, cette matière alimentaire tombait à pic. Pour la population et les militaires qui avaient grand besoin d’originalité pour égayer l’ordinaire, la pâte devient un mythe. Erigée comme défenseuse nationale sur toutes les tables du pays, elle acquière ses lettres de noblesse. De résidus des cuves, elle devint héroïne de la nation. Mais son histoire est loin d’être un long fleuve tranquille. Une fois la guerre terminée, les armes rangées et le réduit national fermé, l’abondance reprend ses droits et le Cenovis se meurt. Difficile d’en savoir plus sur les causes réelles de ce désamour puisque les archives disparaissent lors d’une inondation. Saviez-vous aussi que dans la vie il y a des rêves d’enfant qui deviennent réalités. Alors, quittons si vous le voulez bien les rives du Rhin pour rejoindre celles du Rhône. Ici, au cœur de la cité d’Henry Dunant, un certain Michel Yagchi, homme d’affaire, se souvient de ce tube vert et de son contenu brun qui s’écoulait lentement sur sa tartine chaque matin. Il sait aussi que le produit semble condamné. Avisé, ce fils de Genève rachète donc la marque avec deux associés pour lui redonner une nouvelle jeunesse. Pari insensé diront certains, mais quand il y a la passion et le culot, c’est bien connu, on déplace les montagnes. Avec un plan marketing efficace, le Cenovis reprend des couleurs. Sur les étales des magasins, le tube vert revient à nouveau taquiner les Nutella et autres spécialités du genre. En Suisse Romande, le Cenovis continue à s’étaler sur le beurre alors qu’en Suisse allemande c’est plutôt en liquide qu’il fluidifie les «nudel». Les Suisses ont reconnu à nouveau l’un des leurs et c’est une aubaine pour notre quotidien gustatif. Toute belle histoire finit toujours par un happy end et celle du Cenovis n’y échappe pas. Depuis le début de l’année 2008, et non sans émotion pour le Genevois, la marque est à nouveau cédée à la société Sonaris AG, un agro- alimentaire bâlois proche des rives du Rhin. Et voilà, la boucle est bouclée, le Cenovis s’en est enfin retourné à la maison.
Maggi C’est à Frauenfeld dans le canton de Thurgovie, le 9 octobre 1846 que le petit Julius Michael Johannes Maggi voit le jour. Fils d’un père italien et d’une mère suisse, le petit dernier d’une fratrie de cinq enfants donnera beaucoup du fil à retordre tant l’adolescence du garnement se passe difficilement. Ceci étant dit, on le retrouve quelques années plus tard comme transformé. Employé modèle d’une minoterie proche de Budapest, son sens de la gestion des affaires le propulsera en moins de deux ans au rang de directeur adjoint de l’entreprise. Le père du Julius, conscient du changement radical de son fils lors de son retour en Suisse, lui cède la destinée de l’affaire familiale, à savoir le moulin broyeur à Kemptthal (TG). Malheureusement, à cette époque, les minoteries traversent une mauvaise période sur le plan économique. Julius essaye tant bien que mal de joindre les deux bouts. Afin de surmonter les difficultés, le jeune homme empreint d’un sens inné de l’innovation, décide de se pencher sur les réflexions d’un certain Fridolin Schuler. Cet inspecteur de fabrique recherchait un moyen d’améliorer l’alimentation très insuffisante en cette fin de siècle. La classe ouvrière était en effet la première à devoir être pénalisée par cette situation sanitaire aux conséquences tragiques. Travailler en usine signifiait surtout de n’avoir ni le temps, ni l’argent pour manger des plats correctement cuisinés. Cette population se rabattait plus volontiers sur des casse-croûtes froids et l’alcool. La consommation de ce dernier, parfois frelaté, était souvent la meilleure façon d’oublier la rude condition sociale. Pour répondre partiellement à ce problème de société, Fridolin Schuler met au point un aliment appelé à devenir très vite populaire, les légumineuses. En effet, ce produit mélangé avec de l’eau chaude contient passablement de protéines à hautes valeurs nutritionnelles. Les deux hommes ne se quittent plus. Schuler et Maggi se lancent alors dans de longues recherches afin de développer de nouveaux produits de la sorte. Après deux ans de dur labeur, une préparation à base de légumineuses et conditionnée industriellement est enfin commercialisée en 1884. Habile, Julius Maggi profite des relations qu’entretient Schuler avec les autorités pour bénéficier durant trois ans des sources financières de la Société d’utilité publique. Cette "joint venture", peut se réaliser à la condition expresse que le prix des nouveaux produits soient fixés d’un commun accord avec l'institution.  Deux années s’écoulent encore et après un succès commercial relatif, Julius Maggi poursuit encore d’autres  recherches. D’une humeur égale et farouchement optimiste, l’homme élargit peu à peu son éventail de nouveaux produits, notamment avec des soupes qui se passent des légumineuses et surtout, lance le célèbre condiment liquide qu’il baptisera tout simplement «Maggi». Dès le début, ce condiment est conditionné dans le légendaire flacon brun au col allongé et fermé d’un bouchon rouge. Dans la foulée, le bouillon fait son entrée dans les cuisines sous forme d’un cube. Finalement, au seuil du XXème siècle, rien ne va arrêter les recherches de ce bouillant entrepreneur qui entre- temps a déjà ouvert diverses succursales tant en Europe qu’aux USA. Julius Maggi meurt en 1926 avec le sentiment du devoir accompli. Comme on le sait son entreprise va connaître un destin fulgurant. C’est d’ailleurs bien des années après sa disparition (1947) que l’entreprise familiale et ses produits passeront sous le giron de la déjà très grande multinationale suisse, Nestlé.
Rivella En 1949, un jeune homme nommé Jean Barth quitte la mère patrie pour rejoindre le pays de l’Oncle Sam. Dans ses bagages, rien de moins qu’une recette indiquant la confection d’une boisson bizarre à base de petit lait, une recette que lui a confiée un biologiste zougois spécialisé dans les produits lactés. Mais aux Etats-Unis Jean désespère car rien ne se passe. Il faut savoir aussi qu’au pays du soda on n’a que faire du petit lait, cette denrée n’entre nullement dans la culture gustative américaine. De retour en Suisse, bredouille, mais la recette toujours en poche, il prend langue avec son frère cadet Robert. En effet, le jeune frère est très intrigué par cette recette. En fin d’étude de droit, ce jeune frère obtient étonnamment l’autorisation d’exploiter la recette. Sans attendre, Robert Barth se met donc à expérimenter longuement la création d’un soda jusqu’à ce que le goût lui semble à peu prêt convenable pour une éventuelle commercialisation. Le liquide en question est un breuvage diététique, sans alcool et confectionné à base de lactosérum aromatisé avec diverses essences de fruits et d’herbes. En fin de compte quelque chose de totalement nouveau pour l’époque. Les choses sérieuses commencent en 1951 quand le jeune entrepreneur fonde sa société  Milkin-Institut Robert R. Barth avec l’acquisition d’une chaîne de production d’occasion. Il s’installe dans un ancien dépôt de vin à Stäfa (ZH) et en 1952 déjà quatorze personnes le suivent dans l’aventure. En peu de temps, il réunit une brochette de 250 clients dans la région zurichoise, dont des restaurateurs et surtout des grossistes. Tout cela est bien gentil, mais si l’on veut conquérir le monde il faut commencer par trouver un nom à ce breuvage, créer un graphisme et tout le bastringo marketing qui va avec. Aidé par son son équipe, Robert Barth s’emploie à mettre justement au point tous ces détails qui ont effectivement leur importance. D’ailleurs, il ne lui faudra pas devoir aller très loin pour trouver le nom de sa boisson gazeuse. Il se souvient en effet de ce très joli mot italien, «rivelazione» (révélation). La messe est dite, le Rivella à l’étiquette rouge est né. Il n’a cependant pas le temps de pavoiser car les commandes affluent sans cesse. Devenu entre temps Docteur en droit, le jeune Robert Barth quitte les rives du lac de Zurich pour installer stratégiquement son nouveau centre de production à Rothrist, petite bourgade en Argovie située à mi-chemin entre Berne et Zurich et au bout d’un embranchement à la voie ferrée. Il est évident que le jeune homme a de la suite dans les idées et voit déjà grand dans l’expansion et l’exportation de «son» Rivella.  Côté marketing Robert maîtrise tout, rien ne lui échappe. Pour lui, le petit lait représente l’image du pays agrarien qu’est la Suisse, le petit lait c’est aussi un produit sain, et qui dit sain dit sportif. C’est pourquoi donc, l’entreprise Rivella a fortement contribué à financer le sport suisse tout au long du siècle dernier et aujourd’hui encore. En un mot pour cet entrepreneur à l’esprit vif, la Suisse doit se refléter dans ses bouteilles, y compris dans celles destinées à l’exportation internationale. Huit ans plus tard, en 1959, la petite bouteille au logo rouge se voit flanquée d’une petite sœur au logo bleu, le premier soda pauvre en calorie arrive sur le marché. La petite dernière, celle au thé vert, apparaît sur les tables du pays au crépuscule du XXème siècle. La trilogie est enfin bouclée. Durant les dernières années, avant d’abdiquer à l’automne 2000, Robert Barth avait fait encore quelques emplettes en faisant l’acquisition en 1971 du  fameux jus de raisin Grapillon et en 1983 des jus de fruits Michel. Avec Rivella, les bouteilles se placent toujours fièrement aux côtés de ces sodas venus du pays qui ne l’a pas voulu. On peut rappeler que depuis le début du XXIème siècle, la marque suisse essaie encore de créer d’autres nouveautés. Ce ne fut pas toujours accompagné de succès si l’on regarde l’avènement du Rivella jaune en 2008 et conçu à base de sérum de soja bio, un vrai fiasco. Mais que tourne encore la roue de la réussite du soda suisse et tant pis pour les ricains.
Ovomaltine Dans un coin reculé de la vieille ville de Berne se trouve un laboratoire chimique et analytique. Nous sommes en 1865. Les deux associés, Georg Wander et Albert Lohner vaquent à leurs occupations habituelles. Pourtant, un souci chiffonne l’esprit clair de Georg Wander. L’homme, humaniste dans l’âme, est conscient des carences alimentaires qui règnent dans le pays. Alors, avec la collaboration de quelques personnalités issues du monde médical il se lance dans la recherche d’un produit pouvant combler justement ces carences. Il le sait déjà que la réussite se conjugue avec le malt. Oui, mais comment ? En 1897, le jeune Albert Wander vient de reprendre la succession du laboratoire suite au décès prématuré de son père. Affecté par la douleur, il sait cependant qu’il doit continuer les recherches commencées, à savoir celles  liées au développement de l’extrait de malt. Courant l’année 1904, l’extrait est enfin maîtrisé, les combinaisons peuvent commencer, notamment avec les œufs, le cacao en poudre, les vitamines et le tout mélangé avec du lait. Le cocktail fait mouche, le nouveau produit répond parfaitement aux attentes, il finira même comme le produit à la marque la plus connue de l’histoire alimentaire suisse, l’Ovomaltine. Cette découverte saluée par tous est totalement novatrice. A une époque là où aucune vitamine n’est encore connue et où l’identification des oligoéléments n’était que lacunaire, on imagine le poids scientifique de la découverte d’Albert Wander. Le succès de l’Ovomaltine est époustouflant tant en Suisse qu’à l’étranger. Les premiers dépôts s’ouvrent en Europe et la première usine de production étrangère est même construite en 1913 à King Langley (UK). Quant à la production suisse, elle déménage en 1927 de la ville de Berne à Neuenegg, petite bourgade située à la frontière berno-fribourgeoise.  Rien n’allait arrêter la brillante réussite commerciale de la poudre miracle. L’entreprise Wander, devenue entre-temps un poids lourd de l’économie suisse, va créer avec les années un bon nombre de déclinaisons du produit amiral. En 1931, la poudre Ovomaltine est déjà proposée dans la restauration en petits sachets individuel. La barre Ovo Sport apparaît en 1937 et celle de Choc Ovo en 1948. En 1978, l’Ovomaltine se présente cette fois-ci sous la forme d’une plaque de chocolat. La marque n’en finit pas de surfer sur son succès jamais démenti, et ça continue d’ailleurs. En 2000, les sachets d’un müesli Ovomaltine prennent place dans les rayons des magasins.   Au fil des ans, l’entreprise s’agrandit avec d’autres marques tout aussi prestigieuses. La poudre pour les flans Dawa en 1925, la poudre chocolatée Caotina en 1963, la boisson énergétique Isostar en 1977 et bien d’autres encore. L’entreprise Wander est devenue propriété de Sandoz en 1967 puis de Novartis après la fusion de 1996. Aujourd’hui cette dernière n’est plus suisse. En 2002, le groupe pharmaceutique bâlois a cédé son bien au consortium international de distribution alimentaire anglais, Associated British Food (ABF). De cette cession, une page importante de l’histoire de l’alimentation industrielle suisse s’est définitivement tournée. L’Ovomaltine devient un brand, une marque à multi-produit. Aujourd’hui vous pouvez encore trouver la marque sous la forme de pâte à tartiner, de crème glacée ou de biscuits variés.
Gerber Tout au long du XIXe siècle persistait le problème lié à la longue conservation du fromage hors milieu réfrigéré. Beaucoup de meules partaient à la destruction ou aux cochons. Il faudra attendre 1911 pour que deux suisses, Walter Gerber et de Fritz Stetter puissent mettre au point leur géniale invention. L’idée consiste tout simplement à transformer la pâte du fromage en une émulsion stable afin d’obtenir du fromage fondu de longue conservation. Avec cette consistance, le fromage peut ainsi être conditionné de manière extrêmement rationnelle. D’ailleurs, avec la Grande guerre qui s’annonçait, il était temps de passer rapidement d’un mode artisanal à celui de l’industrialisation. Et c’est ainsi que l’entreprise Gerber gagne ses galons à travers tout le pays grâce à ce fromage rendu célèbre sous la forme de petits triangles enrobés d’un papier d’aluminium. De plus, il allait rendre bien des services à la ménagère lors des périodes chahutées. Un bémol toutefois, et de taille, l’idée ne fut jamais brevetée. Vous comprenez ainsi pourquoi l’émergence et le succès d’une certaine «Vache qui rit» quelques années plus tard en France (1921). Mais c’est bien connu, les grands entrepreneurs ne dorment jamais sur leurs lauriers. Ils sont effectivement toujours à l’affût d’une nouvelle idée. Et quand on parle d’une idée, alors là, s’en est une. En 1936, avec la complicité des fines lames de l’entreprise, ils feront encore plus fort au moment de la mise sur le marché d’un fromage frais, le célébrissime «Gala». Même si le fromage frais a été découvert bien avant J-C, notamment avec la transformation du lait caillé, il faut savoir qu’à cette époque le contenu de la boite bleue en demi-lune est une véritable révolution dans le landerneau fromager industriel. Il s’agit ici d’un fromage frais double crème au goût inimitable et dont le secret de fabrication est aussi bien gardé que la combinaison des coffres de Fort Knox. Cependant, il restait encore à trouver un nom d’excellence à cette petite merveille de la nature, que finalement seuls les suisses peuvent apprécier. Manger ce petit triangle immaculé n’est-ce pas un souper de gala ? La messe était dite. Plus populaire sans doute, l’un des mets suisses les plus connus au monde restait encore à conquérir, la fondue bien évidemment. En 1958, les ménagères cuisinent encore tous les plats servit à chaque repas. L’entreprise Gerber, qui a d’ailleurs transféré entre temps ses installations sur les bords du lac de Thoune lance donc la production de la première fondue au fromage toute prête. Il n’y a qu’à ouvrir le sachet, verser le contenu dans un caquelon déjà mouillé de vin blanc et le tour est joué. Les Suisses n’en croient pas leurs yeux. Leur plat national servi en un tour de spatule dépasse tout entendement. Du côté de l’entreprise ce sera le début d’une longue «success story» et toujours d’actualité aujourd’hui. L'incontournable fondue Gerber vendue en boîte rouge va devenir le pilier économique de l’entreprise, tombée depuis quelques années déjà dans l’escarcelle du groupe agro-alimentaire lucernois Emmi.
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Incarom Si l’histoire d’Incarom commence officiellement au milieu du XXème siècle, il faut savoir qu’elle est fortement liée à l’avènement de la chicorée, une racine utilisée comme succédané du café et ce depuis longtemps déjà.    Les sociétés familiales bâloises, Thomi et Franck, fraîchement fusionnée en 1930, entreprennent la commercialisation de cette chicorée torréfiée. L’objectif au moment de la fusion était clairement de renforcer le positionnement d’une première marque créée en 1901 et de la rebaptiser «Franck Aroma». Avec l'industrialisation du succédané de café, le produit suit le même chemin de production que celui d’un café soluble. Néanmoins, avec Incarom, on y ajoute cette fois-ci un petit nombre d’additifs tels que des œufs, du gluten, des lactoses et des protéines de lait. Après la guerre de 39-45, l’entreprise Thomi+Franck cherche de nouvelles références en matière de goût. La moutarde et le café notamment en sont des exemples probants. C’est donc avec le progrès technique à l’appui que l’entreprise décide en 1957 de lancer sur le marché ce fameux succédané soluble sous la marque Incarom. Une tasse de chicorée grandement améliorée qui peut remplacer parfaitement celle d’un café ou d’un thé à n’importe quelle heure de la journée. Bingo. En 1959, avec l’introduction des points Silva la marque Incarom se sent pousser des ailes. Le succès naissant de la poudre brune déjà conditionnée sous verre en étonne plus d’un au sein même de l’entreprise. Dès les années soixante, les ventes passent à la vitesse supérieure et sont même confortées durant les décennies suivantes. Puis, grâce à un grand publipostage national en 1965, accompagné d’échantillons gratuits, le produit Incarom conforte définitivement son assise sur le marché suisse. Durant les années 1980, c’est à grands renforts de publicités télévisées et de sponsorings sportifs que la marque entre cette fois-ci dans le Panthéon des produits alimentaires incontournables auprès des consommateurs du pays. La solution Incarom avec son goût inimitable moka-noisette reste d’ailleurs aujourd’hui encore l’une des plus bue en Suisse. Faute de successeurs, la société Thomi+Frank entre complètement dans le giron Nestlé en 1989 après un laborieux processus d’acquisition des actions commencé depuis 1971 déjà.
Zweifel Si l’on regarde l’histoire alimentaire industrielle du pays, le nom Zweifel est premièrement rattaché à la fabrication du moût et du cidre. Dès 1898, en effet, le patriarche Paul Zweifel et son cousin fondent la distillerie familiale du côté de Höngg, petite bourgade nichée dans le canton de Zurich. Pour la famille, la pomme et le raisin sont une tradition quasi séculaire. Cependant, durant les années 1930 le cidre ne fait plus recette, trop acide au goût de certains. Les fondateurs Paul et Emil Zweifel meurent prématurément en 1936 et en 1938, la famille doit alors se tourner vers d’autres activités commerciales qui vont rester toujours liées à la distillerie. Le premier coup de canon tonne au début de septembre 1939, la seconde Guerre mondiale est déclarée. La dynastie Zweifel va devoir mener ses affaires dans une grande incertitude commerciale. A la sortie de ces années de plomb l’économie, les habitudes et les goûts ne seront plus jamais comme avant, les Zweifel l’ont bien compris. Durant les années 1950, à Katzenrütli, une localité proche du Rümlang, un cousin de la famille, Hans Meier, ne voulant plus s’occuper de bétail se met à confectionner dans sa ferme et de manière artisanale des chips à partir de pommes de terre. A sa mort, Heinrich Zweifel comprend qu’avec sa création il y a un truc à faire pour étancher les soifs. L'idée germe alors dans son esprit mais le chemin sera long avant de pouvoir développer la fabrication de chips industrielles dont la qualité fraicheur doit être incontournable dans les sachets. Cependant, l’idée est géniale et porteuse de plein d’espoir commercial. Elle ne va pas manquer d'ailleurs d’apporter le succès à une énième entreprise familiale d’entrepreneurs suisses au cours du XXe siècle. A l’orée du siècle nouveau, la société Zweifel, toujours dirigée par la famille s’est investie dans l’export de ses produits frits. Mais les espoirs sont de courtes durées. Ils comprennent rapidement qu’il est très difficile de percer des marchés extérieurs hautement concurrentiels dans un secteur alimentaire aussi volatile. Aujourd’hui, ces marchés internationaux représentent pour l’entreprise à peine 2% de son chiffre d’affaire annuel. Les années passent et la marque a proposé sur le marché domestique, tout aussi concurrentiel d’ailleurs, une quantité de nouveaux produits; des chips de toutes les couleurs, de toutes les formes et de toutes les épaisseurs. Mais pas sûr que le succès soit toujours au rendez-vous. Pour preuves, certains sachets on discrètement disparu des étales des grands distributeurs. Ceci étant dit, une chose est sûre. La chips traditionnelle, nature ou au paprika vont rester certainement et pour longtemps encore le fond de commerce de cette entreprise familiale ou la qualité est le maître mot à tous les étages.
Cailler François-Louis Cailler (1796-1852) est sans conteste le premier entrepreneur à avoir industrialisé le chocolat. A son retour de l’étranger, F.-L. Cailler ouvre en 1825, à Corsier sur Vevey, la première manufacture chocolatière mécanisée de Suisse. Malheureusement, l’aventure se solde par une faillite retentissante. Cependant, grâce à la fortune de son épouse, Louise-Albertine Perret-Cailler, l’entrepreneur peut à nouveau redresser la courbe économique de son entreprise. Et, au début du XIXe siècle la marque Cailler prend enfin du galon auprès d’une clientèle exigeante, se qui permet à ce dernier d’ouvrir de nouveaux espaces pour manufacturer ses produits. Après la mort du patriarche en 1852, le fils reprend le flambeau et continue à rendre la marque et le produit encore plus prospère. Par un chemin économique plutôt chaotique, l’entreprise Cailler parvient tout de même à poser ses chaines mécanisées en 1898 à l’intérieur d’une nouvelle usine fraîchement construite du côté de Broc, situé au cœur de la Gruyère. Dès cette époque d’ailleurs, la recette du chocolat est grandement améliorée grâce à l’ajout du lait en poudre.  Puis, plus tard, en 1911, les firmes chocolatières familiales Peter, Kohler et Cailler fusionneront sous la célèbre bannière PCK Chocolats suisses SA. Néanmoins, après bien des péripéties et une Première Guerre mondiale qui lamine l’économie, la famille Cailler se résout finalement à vendre l’entreprise en 1929 au groupe alimentaire veveysan Nestlé. En ce qui concerne les dates fondamentales de l’entreprise Cailler, il nous faut donc retenir les premiers pralinés en 1890, la fameuse branche Cailler en 1904 (en vérité créée par l’entreprise Kohler en 1896), les plaques de chocolat au lait et aux noisettes en 1904 et 1905, les Femina en 1914 et le Frigor en 1923 (peut on rappeler ici que c’est un certain Jules Séchaud qui inventa le chocolat fourré en 1913). Et enfin, il y a aussi le délicieux Rayon en 1937 et les pralinés Ambassador en 1979. Pour conclure, rappelons encore que si la marque est presque mondialement connue comme un chocolat industriel de qualité, à l’instar d’un autre Lindt, c’est grâce aux gigantesques pouvoirs économiques de l’empire agro- alimentaire Nestlé. 
Feldschlösschen Le 8 février 1876, un an avant la naissance de la brasserie du Cardinal à Fribourg, Mathias Wüthrisch, un riche agriculteur fonde avec son associé Theophil Roniger la «Kollektivgesellschaft Wüthrich & Roniger Brauerei zum Feldschlösschen» à Rheinfelden, adorable petite commune argovienne juchée sur les bords du Rhin. A savoir aussi, Theophil Roniger, déjà aguerri au brassage du houblon entre confiant dans l’aventure. L’emplacement de la brasserie n’est pas dû au hasard. Quelques années auparavant les deux entrepreneurs savaient fort bien que la Compagnie du chemin de fer Nord-Est était sur le point d’inaugurer en 1875 la ligne Zurich-Bâle. Ils comprennent ainsi qu’avec ce mode de transport, la livraison des bouteilles à travers le pays peut devenir rapidement une réalité. Cependant, les débuts semblent difficiles. La brasserie n’est toujours pas directement raccordée au réseau ferré, et c’est donc par l’attelage que les caisses sont transportées quotidiennement à la gare du bas (le raccordement tant attendu n’interviendra qu’en 1889 seulement). A cette époque le château n’existe encore que sur le papier. Les premiers brassages s’effectuent dans une usine désaffectée baptisée par les autochtones d’un bizarre sobriquet, la «Maison du poison», charmant. Durant les premières années, la Zum Feldschlösschen fait face à d’importantes difficultés économiques. Les hivers sont doux, les étangs ne gèlent pas, il n’y a donc pas de glace pour produire ou stocker la bière. Cette dernière est importée à grands frais par le train depuis le centre du pays. Comme un malheur n’arrive jamais seul, c’est le prix du houblon et du malt qui prend à son tour l’ascenseur. Las et lessivés, les deux compères doutent. Ils se demandent même s’il ne serait pas encore temps de jeter l’éponge. Que nenni répondront finalement en cœur les deux hommes. Pas question de courber l’échine. Avec leurs ténacités à revendre, les deux associés parviennent enfin à maîtriser les coûts et par la même à surmonter les crises successives.  Avec des matières premières soigneusement sélectionnées, la brasserie Feldschlösschen propose dorénavant une bière de qualité et ça commence à se faire savoir. Divers dépôts s’ouvrent le long de la toile ferroviaire grandissante et les ventes suivent la même courbe. L’expansion ne cesse donc de s’étendre et les volumes de brassage en hectolitres se multiple par deux tous les ans. La forme juridique de l’entreprise change aussi et devient «Aktiengesellschaft Brauerei zum Feldschlösschen». Après 22 ans d’exercice, la brasserie passe le cap de 100'000 hectolitres de production et devient de facto la première brasserie en Suisse. Fort de ce succès, le site de production de Rheinfelden s’agrandit. Dès le début du XXème siècle, chaque année de nouveaux bâtiments à l’architecture originale voient le jour. Le fameux château prend enfin forme. C’est aussi à cette époque que naît l’incontournable logo de la brasserie représentant les deux tourelles du château. En 1912, avec l’arrivée des camions, les soixante chevaux que compte l’entreprise vont céder peu à peu la place. Ainsi, les écuries se transforment rapidement en parking et autres garages. En 1905 et 1913, les deux entrepreneurs fondateurs meurent. Albert Roniger, le fils, reprend les rênes de la brasserie. Il mène tant bien que mal les affaires tout au long des deux Guerres mondiales. Avec le manque cruel de matières premières, par deux fois le boulet de la faillite a sifflé aux oreilles du patron. Néanmoins, tenace et têtu, tout comme l’était son père, Albert saura sauver l’entreprise du naufrage. En 1961, à la fin du règne de Roniger fils, c’est au tour du petit-fils Wüthrich de s’installer dans le fauteuil du boss. Sous sa présidence, la brasserie Feldschlösschen va développer abondamment le commerce de détail nouveau pilier des ventes de l’entreprise.  Durant les années soixantes, c’est aussi le temps des fusions qui s’annoncent. La Feldschlösschen n’acquière pas moins de 36 brasseries régionales qu’elle démantèle et transforme aussitôt en de nouveaux dépôts. La première bière sans alcool sort des cuves en 1974. Avec cette nouveauté, la brasserie se lance dans un autre segment que sont les eaux minérales et les limonades. Des marques prestigieuses telles que Elm, Arkina, Passugger et d’autres encore entrent dans les écuries du château via l’acquisition en 1983 de la société Unifontes SA (on ne peut pas non plus passer sous silence le psychodrame national vécu lors de la fusion des brasseries du Cardinal et de Feldschlösschen en 1991). Depuis, d’autres changements juridiques sont à noter. La Brasserie Feldschlösschen devient une holding lors de la fusion avec le Zurichois Hurlimann en 1992. Au seuil du nouveau millénaire, la production de la bière et l’immobilier se séparent. La première entité entre dans le giron du célèbre brasseur danois Carlsberg et l’autre rejoint la Hurlimann Immobilier, une société cotée en bourse. Aujourd’hui, avec plus de 135 ans d’existence, Feldschlösschen Boissons SA est parvenue au sommet en tant que plus gros producteur de boissons en Suisse et s’y est maintenue brillamment. Mais attention, la concurrence internationale est acharnée et la clientèle est volage. La canette de bière à 55 cts vendue par un grand distributeur fait mal, même très mal à la marque historique. Alors, jusqu’à quand Feldschlösschen peut-elle tenir ?
Wernli Il est toujours regrettable d’investir gros dans une entreprise, d’y croire et de voir le rêve se briser par une brutale faillite. Cette histoire est belle et bien arrivée en 1905 à Friederich Johann Wernli, accompagné de ses deux fils. Mais dix ans plus tard, tenaces, les fils Fritz et Paul Wernli réinvestissent à nouveau sur les cendres de l’entreprise paternelle, et cette fois-ci, c’est le succès. C’est ainsi que prospère à Trimbach, près d’Olten, la «Biscuit-Fabrik Gebrüder Wernli», entreprise spécialisée dans la fabrication de biscuits industriels.  En 1926, les deux frères ont de quoi pavoiser puisqu’ils mettent en service la première chaîne semi-automatisée de biscuits en Suisse. De cette conception nouvelle va naître notamment le fameux biscuit sec «Petit Beurre». Suivra un an plus tard, grâce à un four spécial, l’autre grand succès de la maison, la gaufrette «Jura». A partir de cette époque l’entreprise surf sur la réussite économique. Néanmoins, avec l’arrivée de la concurrence, notamment celle de la maison morgeoise Oulevay en 1948, l’entreprise Wernli a bien failli à nouveau revivre les affres de la faillite. Avec ses installations dernier cri, la marque vaudoise peut en effet inonder le marché suisse avec des produits tendances et à des prix défiant toute concurrence. Pour les Wernli pas une minute à perdre. Il faut coûte que coûte contrer cette dangereuse montée en puissance émanant de son premier concurrent par le développement de nouveaux produits. C’est d’ailleurs aussi à cette époque que naît le logo rouge en forme de petit-beurre, toujours d’actualité aujourd’hui. En 1958 avec la création des «Japonais», la firme alémanique va surpasser tout ce qui était possible de faire industriellement. Dès lors, plus rien n’allait freiner la création de nouveaux biscuits dont beaucoup sont devenus culte depuis. Avec l’arrivée de la publicité télévisée dans les années soixante, Wernli va définitivement sceller sa réussite commerciale.  Piquant, l’histoire rapporte que Fritz Wernli et Jean-Pierre Oulevay se sont rencontrés un jour sur un pont de l’Aare à Olten et que d’une poignée de main ils se sont unis pour créer ensemble en 1972 la holding Interbiscuit SA. Mais au début des années 1990, l’entreprise Oulevay bat sérieusement de l’aile et ferme définitivement ses portes en 1992. La marque et les produits sont rachetés par Wernli. Ainsi donc, six ans plus tard, les produits bien connus telles que «Chocoly» ou «Florentin» peuvent renaitre à nouveau dans l’assortiment de l’entreprise de Trimbach. Mais voilà, le nouveau siècle a pointé son nez et avec lui son cortège de concentrations des entreprises familiales suisses. Elles vont bon train d’ailleurs et Wernli n’y échappera pas, hélas. En effet, c’est en 2008 que la lucernoise Hug AG avale d’un croc l’entreprise de Trimbach. Cependant, toujours fabriqués avec les mêmes recettes et le même soin, les délicieux biscuits Wernli continuent d’achalander les rayons des magasins pour notre plus grand bonheur.
Sugus A la fin des années 1920, l’entreprise des chocolats Suchard cherchait à se diversifier dans de nouveaux segments liés à la confiserie. Les matières premières pour le chocolat étaient onéreuses et rares, ce dernier étant plutôt destiné à une clientèle aisée. Son patron d’alors, Hans-Conrad Lichti, avait eu vent de l’existence d’un bonbon à pâte moelleuse fabriqué du côté de Cracovie. Les fameux Sugus, un palindrome, à savoir un nom qui se lit dans les deux sens et dans toutes les langues font leurs premières apparitions en magasin en 1931. Bien meilleur marché, la friandise colorée et carrée était surtout fort appréciée des enfants. Cette importante clientèle lui permet alors de se lancer dans la production industrielle. Là aussi, le succès est encore au rendez-vous. Confectionné à base de jus de fruit naturel, c’est ce qui lui donne son fameux goût inimitable et toujours jalousé. D’ailleurs, son succès n’aura jamais démérité pendant de longues années.  Dès 1945, le groupe de Serrières (NE) commence l’exportation à l’étranger des premiers bonbons toujours fabriqués au pays. On notera qu’en Asie le succès est quasi identique à celui connu en Suisse et c’est encore d’actualité. Cependant, en 1988, santé publique oblige, les premiers Sugus sugarfree sortent des chaines mécanisées. Après la vente en 1990 du groupe neuchâtelois au cigarettier américain Philip Morris, le démantèlement commence. Les chocolats Suchard sont intégrés groupe agro-alimentaire Kraft devenu après une scission en 2012 Mondēlez International, et la fabrication des Sugus passent, quant à eux, sous le contrôle de Wrigley, autre géant américain de la friandise. Bon an mal an, le Sugus continue depuis son bonhomme de chemin. En 2010, c’est l’année des dernières nouveautés avec le lancement des Sugus Smoothies et Sugus Fruity Bref, les mauvaise langues ne manquerons pas de rappeler que depuis le départ des bonbons de Serrières à Reims, le goût n’est plus le même. J’en suis convaincu qu’il y a un peu de vrai dans cette bronca.
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